Soulseller.

Soulseller.
Rentrée à l'IEP de Lyon. Classe.


"They keep you doped with religion, sex and TV,
You think so clever and classless and free,
But you're still fucking peasants as far as I can see..."

John Lennon

# Posté le lundi 17 septembre 2007 18:56

Modifié le lundi 17 septembre 2007 19:30

SUMMER IN FEW WORDS

SUMMER IN FEW WORDS
Cities -
. STOCKHOLM
. PARIS
. LONS
. LYON
. AVIGNON

Music (Records) -
. BLACK SABBATH - PARANOID
. BLACK SABBATH - SABBATH BLOODY SABBATH
. ALICE COOPER - LOVE IT TO DEATH
. ALICE COOPER - SCHOOL'S OUT
. ALICE COOPER - KILLER
. GUNS N' ROSES - APPETITE FOR DESTRUCTION
. THE FLAMING SIDEBURNS - HALLELUJAH ROCK N' ROLLAH
. THE FLAMING SIDEBURNS - KEYS TO THE HIGHWAY
. THE FLAMING SIDEBURNS / THE HELLACOPTERS (SPLIT) - WHITE TRASH SOUL!
. THE CASANOVAS - THE CASANOVAS
. BABYLON BOMBS - DOIN YOU NASTY
. SONIC NEGROES - HONKY BASTARD BLUES
. DIAMOND DOGS / JEFF DAHL (SPLIT) - ATLANTIC CROSSOVER
. SUPERSHIT 666 (SPLIT BACKYARD BABIES / THE HELLACOPTERS) - AMPEX 1999

Songs -
. ALICE COOPER - I'm Eighteen
. THE ANSWER - Under The Sky
. THE DATSUNS - HONG KONG (STOCKHOLM) FURY
. BLACK SABBATH - WARPIGS
. OPETH - TO BID YOU FAREWELL

Books (read & re-read) -
. CAMUS - LA CHUTE
. CAMUS - L'ETRANGER
. SARTRE - LE MUR
. SARTRE - LA NAUSEE
. SARTRE - LA MORT DANS L'ÂME
. TRUMAN CAPOTE - DE SANG FROID
. ORWELL - 1984
. DOSTOIEVSKI - CRIME ET CHÂTIMENT
. CELINE - RIGODON
. ROY - LE DIEU DES PETITS RIENS
. CORNEILLE - OEUVRES COMPLETES VOL. I
. STENDHAL - LA CHARTREUSE DE PARME
. GIDE - LES FAUX-MONNAYEURS

Exams -
. IEP LYON (PASSED)
. DRIVING LISENCE (FAILED)

# Posté le samedi 18 août 2007 19:01

Modifié le samedi 18 août 2007 19:15

Will it be poison put in my glass, will it be slow or will it be fast? The bite of a snake, the sting of a spider, a drink of Belladonna on a Toussaint night. Hiding in a corner in New York City, lookin' down a forty four in West Virginia. I was dancin', dancin', dancin' so free...

Will it be poison put in my glass, will it be slow or will it be fast? The bite of a snake, the sting of a spider, a drink of Belladonna on a Toussaint night. Hiding in a corner in New York City, lookin' down a forty four in West Virginia. I was dancin', dancin', dancin' so free...
Bon. Je prends enfin le temps de rédiger quelque chose. Finis les conneries littéraires. Je viens de me poser à ma table de travail, une clope aux lèvres, et de la fenêtre ouverte me parvient la vieille voix chiante et vacillante de Enrico, que le mairie du VIIIe semble se satisfaire de passer en boucle dans les hauts parleurs de l'avenue des Frères Lumières.
Je suis en vacances. Enfin. Longue année. A nuancer, longue et courte à la fois. Je suis allé à l'ENS ce matin, pour assister à un oral d'admission. Option géographie. Horrible. La pauvre fille, j'aurais pas aimé être à sa place. Le jury était pourtant cool ; un mec d'une trentaine d'année, l'air sympathique, une gonzesse très BCBG, mais d'apparence relax également. Pourtant la pauvre candidate n'a pas pu s'en déméler convenablement. Entretien foireux. J'en avais mal pour elle. Dire que la diagonale du vide s'étend du Havre à Marseille, dans un excès de stress, ça pardonne pas.

Par contre, lundi dernier, ma vie a changé. Je suis allé dans un stade. Le football, c'est pas trop mon truc, mais le rock'n'roll, en revanche oui. Je pense que Mick Jagger a profondément agi sur ma sexualité. Voir les fesses de cet homme svelte se dandiner pendant 13 minutes sur un Midnight Rambler totalement furieux, le micro glissé dans le pentalon, ça change un homme. Ce concert fut un grand moment de folie. J'ai attendu, attendu. Pendant 10h. Et là, quand à 21h16, un petit bonhomme, tout frippé, accoutré d'un vieux jean gris, d'un t-shirt complétement délavé et d'un gilet arrive sur scène, balaçant les accord de Start Me Up, et ben c'est con à dire, mais j'en avais les larmes aux yeux. Quand la scène s'avança dans la fosse, au son de Miss You, et que les quatre acolytes sont passés à deux mètres de ma pomme, je me suis senti comme toutes ces groupies des années 1960, mouillant pour la première fois leur petite culotte devant un des groupes les plus fabuleux d'outre-manche. Moment extraordinaire, un des plus beaux jours de ma vie.

Je me suis alors rendu compte que ce que les Stones ont composé, ont créé, cet ensemble musical vaste et complétement déjanté, cette symphonie me touche réellement. Les albums sortis de 1968 à 1973 sont vraiment des chefs d'oeuvres qui me parlent. La musique, c'est ça avant tout. Un ensemble de sensations, de sentiments qui nouent le ventre, sans qu'on ait à y réfléchir. Et j'aime cette sensation. Cette froideur de Let it Bleed, cet aspect oppressant de Gimme Shelter. Une rue, la Nuit et sa vie totalement dépravée. Un Monkey Man, totalement fou, et encore cet univers sombre qui me passionne. La chaleur d'un couché de soleil rouge, et les paroles obscènes d'un Sticky Fingers qui pue la Virginie. La virginité aussi, le sexe, la violence et la drogue. La mélancolie de Dead Flowers, ou la rancune de Bitch. Et il y a encore Exile on Main Street, cet album vraiment inaccessible au premier abord, véritable ode à la guitare rythmique, l'album d'un Keith Richards complétement séché, un album de la chaleur, de la violence aussi, d'un sud américain hostile et sombre, mais en encore une fois ce fameux couché de soleil, rouge sang que je perçois par l'écoute de Ventilator Blues, ces saxophones qui émergent de nulle et me font froncer les sourcils. Puis il y a enfin Goat's Head Soup, cet album bancal que je trouve fabuleux, sombre, un album de nuit et de drogue, où l'on donne son âme au diable, une véritable dance macabre qui m'entraîne dans un monde autre, de luxure et de débauche, au son de Dancing With Mr. D, ou de Heartbreaker. Puis, la mélancolie encore une fois, pendant un automne pluvieux, un dimanche ennuyeux quand je mange des pancakes avec toi, écoutant tendrement 100 Years Ago.

Les Stones, c'est plus qu'un simple groupe de rock'n'roll, c'est un mythe, quelque chose d'imperceptible, qui dure et durera une éternité. C'est un ensemble de sentiments et de passions qui nous fait vivre bien au-delà de la simple écoute d'un album. C'est quelque chose qui influence ma vie, qui me fait rêver de ce que j'aimerais vivre. Quand j'écoute Sister Morphine, le monde autour de moi, quiquaphonie absurde, s'évapore, disparaît. La politique, toutes ces conneries s'évanouissent pendant l'espace de quelque minutes pour faire place au bien-être le plus absolu. Je ne saurai décrire ce que j'ai réellement vécu ce lundi 18 juin. C'était comme faire l'amour pour la première fois. Indescriptible.

Last week I saw The Rolling fucking Stones.
You may kill me now,
I do not care.

# Posté le jeudi 28 juin 2007 06:11

Modifié le jeudi 28 juin 2007 11:01

Noir et blanc. IV

IV

Le soleil brille sur les toits qui s'exposent avec exubérance à ma vue ; leurs cheminées aux allures difformes crachent un semblant de fumée blanchâtre dansant prêt de l'orifice de la Babel de briques rouges, d'une volupté si libre et éphémère qu'elle semble me narguer. Pourquoi souhaiter l'immortalité alors que l'éphémère est si attrayant ? Vivre ce que l'on le rêve, rêver de ce que l'on aimerait vivre. Mourir jeune, ne pas connaître la défaillance de l'âge, les caprices du temps qui défile nous menant irrésistiblement à notre aliénation. Faire de sa vie un désastre éblouissant.
Accoudé au rebord de la fenêtre, dont le vert émaillé reflète les longs combats d'hiver menés contre le froid, le gel et la neige, j'expire la fumée de ma cigarette. Les bruits de la ville semblent lointains, comme effacés, pourtant la rue est toute proche. Un avion trace de grands traits blancs dans le ciel, s'efforçant de donner une limite à un espace qui n'en a pas. Le Flamant Rose me chante son magnifique Diamant Brillant que je ne saurais d'écrire, tellement sa conception approche la perfection. Perfectio integritas disaient les sages, je commence à le croire. Je me retourne et fais quelques pas, le plancher en grince sous mon poids. Je jette un regard furtif sur ma table de travail. Des livres et autres manuels s'accumulent sur l'ensemble de la surface de bois sombre, et je repense aux heures écoulées, maculant les feuilles blanches d'un fil noir continu, expression directe de mon introspection, de cette fouille archéologique au sein de mon propre esprit, de cette recherche qui ne semble jamais aboutir. Plusieurs mois que je n'ai rien écrit. Le dépit s'empare de moi. Des souvenirs me passent par la tête. Je m'attarde quelque instants sur une phrase qui se détache d'un livre ouvert sur mon bureau et dont les feuilles cornées attirent mon attention : « ...Condition de l'homme : inconstance, ennui, inquiétude ». Quel désespoir pousse un homme à se réduire à un tel jugement ? Je ne peux me résoudre à un constat si pessimiste, et dans un froncement de sourcil je tâche d'extirper une telle pensée de mon esprit. Il me faut oublier, oublier tout. Ces gens dehors, cette vie monotone qui ne fonctionne plus que par simple mécanisme, cet amour pervers qui ronge plus qu'il ne fait jouir, cette banalité environnante, ces foutues pages blanches. Je me dois d'oublier.
Un gazouillement m'extrait de mon délire farfelu, et me fait regarder à nouveau par la fenêtre. Le Flamant Rose ne chante plus, mais la fumée, libre, danse toujours. Un murmure se dessine alors sur mes lèvres : « Danse salope, un jour j'aurai ta chance. »

# Posté le jeudi 28 juin 2007 05:23

Modifié le jeudi 28 juin 2007 11:06

Noir et blanc. III

Noir et blanc. III

III

Un vaste appartement. Ambiance parfaite. Tout un orchestre de petits lustres, lampes et loupiottes compose une symphonie de couleur légèrement mate, que la blancheur des murs ravive avec douceur. Les hauts plafonds, sculptés et ornés de complexes et magnifiques moulures offrent une évasion constante à qui ose lever les yeux vers le ciel. De nombreuses toiles recouvrent les murs, miroirs d'un monde parallèle, où formes et couleurs sont l'œuvre d'une puissance démiurgique nouvelle. Une chaleur agréable se dégage de cet appartement cossu, atmosphère familière d'un lieu que je ne connais pourtant pas. Un vaste fauteuil en cuir craqué m'accueille. Les pieds appuyés sur la table basse, étrange composition de bois de récupération, j'ingurgite mon gin tonic alors que les amplificateurs déversent un flot musical directement importé des années 1960. Le lieu est bondé de personnes que je ne connais guère, je n'y prête aucune importance. Les conversations sont nombreuses et versatiles, les individualités s'affirment ; ça jase, rit, braille et s'énerve. Je me laisse envelopper par cette douce satisfaction que l'alcool et la musique me procurent. Je tâche d'oublier, de me défaire de cette histoire passagère, de me délier des chaînes du quotidien qui me lient depuis trop longtemps. Max désirait sûrement quitter cette réalité meurtrière, clore la parenthèse de cette vie qu'il ne comprenait plus, retrouver Martha et les tilleuls en fleur. Cette image oppressante du pauvre jeune homme, probablement aussi désorienté que je lui suis moi-même me hante constamment lors de ces instants de conscience diffus et effacés.

La douce volupté des liqueurs sucrées m'envahit. Mes mouvements se ralentissent progressivement, mes pensées se troublent. L'ensemble mécanique que je constitue semble se mettre doucement en veille. Le capitaine perd le contrôle du navire, mon esprit me quitte, il s'échappe de la vulgaire enveloppe qui l'enferme pour s'épanouir enfin dans un monde autre, pourtant si proche du notre, mais à la fois tellement différent. Le trouble, le vacillement et le rire, puis l'écran noir de la mémoire défaillante.

Un vaste fossé s'est creusé dans ma conscience, véritable gouffre où mon moi s'est affaissé pour disparaître momentanément. Je me retrouve quelques heures plus tard sur la terrasse de ce même appartement, au dernier étage, lors de cette même soirée, il y a quelques temps déjà. Je suis assis avec F. La ville s'offre à notre vue. Une tour émerge de la marée urbaine, lumineuse, comme animée par la prétention d'atteindre le ciel étoilé. Le vent souffle et nous décoiffe, F. tente de remettre constamment en place sa mèche de cheveux engraissée. Je consume doucement ma Benson, regardant attentivement le scintillement des lumières de la ville. Une cathédrale se dévoile impudiquement, radieuse et dépravée, à l'image de certaines de ces femmes que l'on rencontre la nuit, en quête de plaisirs immoraux. F. pose sa guitare et saisit son verre, qu'il vide d'un trait. Il me jette un regard éphémère. Il entrouvre la fermeture de son blouson en cuir que son paternel avait acheté à Paris en 1974, il y a si longtemps déjà, en rentrant d'un concert des fameux cailloux roulant. Il y plonge sa main et en ressort un paquet de cigarettes déchiré, les petits traits jaunes en émergent, serrés, comprimés comme les morceaux d'herbe séchés que tient l'enfant dans sa main quand il joue à la courte paille. Il se racle la gorge avec force, coince doucement le filtre entre ses lèvres. Son visage s'illumine brièvement, puis un trait de fumée va se perdre dans le vide, au-delà du rebord sculpté de la terrasse. Assis sur un vieux tabouret de bar récupéré dans je ne quel tripot malsain, je le considère longuement. Le regard maintenant vide, il me lance une phrase, qui bien que d'une simplicité affligeante me dévoile l'état d'esprit d'un homme ruiné, que la misère intérieure ronge depuis plusieurs années déjà.
- "J'ai fais une connerie, vieux..."
Un klaxon retentit loin en bas. Il jette sa cigarette à peine entamée, reprend doucement la guitare ; l'alcool dans son sang ralentit son mouvement. Je distingue alors les premiers arpèges de Love in Vain ; le vent rend l'écoute difficile. Une larme coule sur sa joue, son pied renverse une bouteille de gin vide, et je comprends alors tout.

L'amour c'est comme aller au bordel : ça vient, ça se fait, ça se paye, et ça part...

# Posté le mardi 12 juin 2007 15:15

Modifié le jeudi 28 juin 2007 05:26